Ni le soleil ni la mort ne se peuvent regarder en face?

https://i0.wp.com/www.sceneweb.fr/wp-content/uploads/2016/06/les-residents-de-emmanuelle-hiron-par-la-cie-lunijambiste-1030x686.jpg« Les Résidents »© François Langlais

Note : 4/5

Pour ceux : qui aiment le théâtre documentaire sans apprêt, ceux qui aiment s’interroger, ceux qui pensent que dans le regard des vieux c’est notre société qui se contemple.

Âge : à partir de 14 ans

Durée : 1 heure 6 minutes

En bref : Avec justesse et efficacité, Emmanuelle Hiron nous fait partager les interrogations d’une directrice d’EHPAD. Un spectacle fin qui parle sans tabou et sans jugement de nos comportements face à la vieillesse et à la mort. Juste et nécessaire.

 Si vous avez le temps de lire : Emmanuelle Hiron a suivi la gériatre Laure Jouatel durant un an. Elle a partagé le quotidien des résidents d’un EHPAD et nous en a rapporté des images et des mots : prolongement du partage. Les images prises nous permettent, en effet, de pénétrer dans les couloirs, les salles communes, et les chambres de l’EHPAD. Les mots, quant à eux, nous font nous interrogent. La première qualité Des Résidents est assurément celle de ce partage du sensible et de la pensée. Si Emmanuelle Hiron est seule sur celle, elle entame de fait une forme de dialogue avec le spectateur. Elle nous parle comme à des amis. C’est pourquoi, on ne trouve rien de technique, rien de compliqué dans ses paroles. Pas de jugement non plus. Bien sûr, il y a ceux qui confient leurs vieux et ceux qui peuvent, veulent encore les garder. Bien sûr, Il y a ceux qui viennent alors que leurs proches sont à l’agonie, et ceux qui ne peuvent être là que quand tout est fini : yeux clos, bouche fermée, souffrance achevée. Mais tous ont leurs raisons.

Le spectacle sait aussi trouver la bonne distance, la bonne focale, pourrait-on dire puisque le dispositif scénographique présente un film. Nous ne sommes pas protégés par la gangue douillette de la poésie : pas de cadrage savant, pas de jeux de lumière magnifique : l’image est brute, pas très intéressante en soi. De même, on est choqué au début de la projection par le brouhaha quotidien que l’on perçoit : conversation du personnel soignant mêlé à des propos de résidents, borborygmes de la radio, chansons de variété. Car quand il s’agit de regarder enfin la vérité en face, pas de fard. Plus qu’un postulat du théâtre documentaire, ce dépouillement exprime surtout un refus d’une société qui porte au pinacle la forme physique et intellectuelle, le corps jeune, propret, apprêté. Il raconte une forme d’engagement auprès de ceux que cette société rejette.

Or, le rejet est pensé mais aussi exprimé dans la mise en scène et la scénographie. Les résidents vivent dans une « 4ème dimension », un lieu qui est comme coupé des rites, des odeurs et couleurs qui tissaient la trame de leurs vies. Ils sont aussi « enfermés dans cette image » de la maison de retraite qui sent la pisse, la souffrance. Or, la scène nous les montre grâce à un écran derrière lesquels ils vivent leur nouvelle vie. En avant-scène, formant comme l’intermédiaire entre eux et nous, Emmanuelle Hiron prend la parole. Il paraît que l’on peut être ébranlé par les images du spectacle, mais c’est alors qu’on limite la vie à la jeunesse, à la beauté  des magazines au papier glacé. C’est qu’on croit à la jeunesse éternelle, c’est qu’on a jamais accompagné quelqu’un au moment où il pensait sous forme de « jamais plus », c’est qu’on n’a jamais veillé de mort. Aurait-on peur de la vie ? Les Résidents nous invite à regarder sans effroi, sans préjugé ces hommes et ces femmes qui ont tant vécu et sont ailleurs révérés pour ce temps parcouru. Le spectacle nous offre par là-même un miroir sur notre société. Un beau moment pudique et juste.

Laura Plas

 Les Résidents, compagnie L’unijambiste

Site : http://www.unijambiste.com

Texte et idée originale : Emmanuelle Hiron

Avec : Emmanuelle Hiron

Assistée par Nicolas Petisoff

Collaboration artistique : David Gauchard

Création lumière : Benoît Brochard

Régie lumière : Mika Cousin et Alice Gill Kahn en alternance

La Maison des Métallos • 94 rue Jean-Pierre Timbaud • 75011 Paris

– Métro : ligne 2, arrêt Couronnes, ligne 3, arrêt Parmentier

– Bus : lignes 96 : arrêt Maison des Métallos (direction Montparnasse), arrêt Saint-Maur / Jean Aicard (direction Porte des Lilas)

Réservations : 01 47 00 25 20

Site du théâtre : http://www.maisondesmetallos.org

Du mardi 21 mars au dimanche 26 mars, mardi, mercredi et vendredi à 20h, jeudi et samedi à 19 heures, dimanche à 16h

Durée : 1h06

De 5 € à 14 €

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