Affreux, sales et attendrissants.

 CIE TRO HEOL

« Je n’ai pas peur» Credit photo: Pascal Perennec

Note : 4/5

Pour ceux  qui aiment frémir, pour qui l’enfance résonne comme une chanson d’amour désuète, pour les amoureux de l’Italie et des marionnettes.

Âge : à partir de 12 ans

Durée : 1 heure 30 minutes

En bref : La Compagnie Tro-Héol signe une adaptation foisonnante et passionnante du roman de Niccoló Ammaniti « Je n’ai pas peur ». Faisant son miel de la complexité romanesque, le spectacle témoigne de plus d’une parfaite maîtrise du jeu et de la marionnette donnant l’envie de se ruer en librairie pour découvrir le texte. Un bel hommage et une vraie réussite

 Si vous avez le temps de lire :

 Comme un roman : La compagnie Tro-Heol aime à se frotter au récit. On se souvient par exemple de son magnifique Meunier Hurlant, adapté de l’œuvre de Paasilinna. On pourrait y voir un effet de mode. Pas du tout : il suffit d’entendre Martial Anton parler des livres qu’il adapte avec Daniel Calvo Funes pour être transporté par sa fureur de lire, son amour des histoires. Or, justement, « Je n’ai pas peur » est une sacrée histoire. Son cadre ? Le sud de l’Italie : linge coloré suspendu, odeur de bouffe et disputes familiales garantis. Ses personnages ? Des adultes aux activités étranges et sans doute pas très honnêtes (Eh, oui, on est sur les terres du Parrain quand même !)mais surtout des gamins hauts en couleurs. Au premier rang : le narrateur : Michele qui se replonge dans son enfance. Or, l’adaptation de Tro-Héol parvient à nous faire comprendre le flash-back, de même qu’elle nous permet de suivre une intrigue souvent complexe. Et cette lisibilité est d’autant plus importante que le spectacle s’adresse aussi à un jeune public (nous, on dirait plutôt à partir de 12 ans mais jusqu’à 110 ans).

Entre Mamma Roma  et  Le Pigeon. Comment s’explique cette réussite ? La compagnie poursuit ici une réflexion intelligente sur les échelles et l’association entre le jeu d’acteurs et la manipulation des marionnettes. Michele, adulte, est de fait incarné par Daniel Calvo Funes mais sa figure d’enfant nous apparaît sous la forme d’une marionnette. D’ailleurs, quand c’est l’adulte qui parle, une douche l’isole du plateau et de l’action qui s’y déroule. On peut à ce sujet signaler le subtil travail sur la lumière qui permet de multiplier des espaces et baigne l’histoire dans le doux nimbe du souvenir. Ensuite, Martial Anton et Daniel Calvo Funes ont fait des choix (c’est ce qu’on nomme « adapter ») dans le texte tout en maintenant sa polyphonie. La bande-son du spectacle est très riche. De plus, voix enfantine et voix d’adultes, tendresse et âpreté, rires et peines : tout se mêle. C’est pourquoi il y en a pour les plus petits spectateurs comme pour les plus grands. La compagnie rappelle dans le programme l’influence du cinéma italien sur la création : et de fait, on a parfois de retrouver le regard tendre mais sans concession de De Sicca ou de Pasolini, comme l’humour du Pigeon ou des Nouveaux monstres.

Les nouveaux monstres. De petits monstres, il en est bien question. Aux côtés de Michele, on découvre toute une bande de mioches débrouillards, faux frères et gros durs compris. Pas de pitié pour les trouillards, pas beaucoup de place pour les filles ! Tous les défis, même les plus risqués ou les plus humiliants doivent être relevés. On en frémirait. Mais les vrais monstres sont ailleurs : chez les adultes. C’est à leur monde que va se frotter Michele avec sa naïveté enfantine… un univers étrange, dangereux, dont il ne comprend pas dans un premier temps les règles et les enjeux. « Dans un premier temps » car Je n’ai pas peur est un récit d’apprentissage, l’histoire d’un gamin qui finit par entrer dans le monde adulte tout en refusant sa noirceur. Le vrai pari que relève Michele consiste en effet à ne pas trahir, à ne pas se trahir… même si le prix à payer est lourd. Un enfant grandit et un père s’éloigne… Pourtant, ce que raconte Niccolo Ammaniti et ce que montre Tro-Heol, c’est aussi et enfin une grande histoire d’amour familiale. La mère à la cuisine veille sur ses petiots et gare à celui qui toucherait à un seul des cheveux de sa marmaille. Isabelle Martinez lui donne une force et une vérité profondes. La petite sœur binoclarde, collante et attendrissante est si réussie qu’on oublie qu’elle est une marionnette. Et puis, il y a le père, terrible, mystérieux mais généreux, à l’image du spectacle. C’est de cette famille italienne, de ces monstres de vérité que l’on se souviendra le plus longtemps et puis d’un secret, caché sous une couverture… et qu’on vous laisse découvrir !

Laura Plas

Je n’ai pas peur, d’après le roman de Niccoló Ammaniti (Editions Grasset)

Compagnie Tro-Héol

Site : Tro-heol.fr

Adaptation, mise en scène, scénographie : Martial Anton et Daniel Calvo Funes

Avec : Daniel Calvo Funes, Isabelle Martinez et Frédéric Rebiere

Marionnettes et accessoires : Daniel Calvo Funes

Lumière : Martial Anton et Thomas Civel

Son : Martial Anton (mixage et ambiance) et Daniel Calvo Funes (choix des chansons)

Costumes : Armelle Colleau et Marion Laurans

Décors : Michel Fagon

Régie : Thomas Civel et Martial Anton

Assistanat aux accessoires : Stéphanie Grosjean et Thomas Civel

Théâtre Gérard Philipe • 59 boulevard Jules Guesde • 93207 Saint Denis

Réservations : 01 48 13 70 00

Site : http://www.theatregerardphilippe.com

Le 22 février à 14h30 et le 24 février à 19h00

Tarifs : de 6 à 23 euros

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