Souffle Coupey pour « Assoiffés »

« Assoiffés»

Note : 4/5

Pour ceux  qui croient encore que la marionnette c’est naïf et simplet et seront détrompés. Pour les curieux, pour les adolescents qui ont la rage, pour les plus grands qui n’ont pas tué l’adolescent en eux…

Âge : à partir de 14 ans

Durée : 1 heure 40 minutes

En bref:  Brice Coupey réussit le tour de main d’adapter le délirant et magnifique opus de Wajdi Mouawad : « Assoiffés ». Un spectacle inventif qui conjugue jeu de comédiens, manipulation de marionnettes et vidéo avec intelligence et finesse. Tenu en haleine par ce polar qui est un roman d’apprentissage de la beauté, on sort vivifié.

 Si vous avez le temps de lire : On pousse parfois la porte de salles de banlieues et de province qui recèlent des pépites accessibles à chacun. La salle Pablo Picasso de la Norville est un de ces lieux précieux. Son programmateur éclairé, Raphaël Merllié accueillait hier dans le cadre du festival Les Champs de la Marionnette, le marionnettiste Brice Coupey pour la création d’Assoiffés, pièce écrite par Wajdi Mouawad.

Presque deux heures de spectacles à suivre comme un polar diabolique. Un anthropologue policier, un Alien, une jeune fille cloitrée, un frère fugueur, des parents, un professeur, un proviseur, les passagers interloqués d’un bus et un gars qui tchatche, tchatche, tchatche sans jamais tarir pour dire son dégoût d’un monde de télé, de consommation, de guerre et de laideur forment le personnel haut en couleur de l’œuvre… Or, si ces personnages se croisent, ils évoluent parfois aussi dans des espaces et des temps différents. La pièce convoque en effet une dizaine de lieux, deux époques, et rend parfois impossible la distinction entre fiction et réalité, ou plutôt entre niveaux de fictions. De quoi se creuser les méninges avec délice !

Il fallait donc avoir de l’audace pour se coltiner à cette intrigue, à la langue colorée et verte de W. Mouawad aussi, à sa façon enfin de mêler cri de révolte, fable métaphysique et poésie. C’est ici remarquablement fait. Tout d’abord, la proposition scénographique de Michel Gueldry permet de conjuguer au plateau les espaces : celui intime de l’écriture, celui plus imposant de la morgue. Un corps peut, par ailleurs, par la magie de la manipulation devenir arrêt de bus, comme un casier se métamorphose en immeuble. Par ailleurs, l’emploi extrêmement pertinent des écrans creuse les niveaux de temporalité et de réalité. De fait, coexistent un écran de télévision qui montre la réalité d’un monde en guerre, un écran de toile qui permet de projeter des preuves ou de varier les points de vue. Enfin, le plateau lui-même avec ses corps et ses aspérités peut devenir surface de projections imaginaires. C’est d’autant plus intéressant que l’intime prend plus de place que le fait télévisuel. A la complexité du texte, répond donc celle du dispositif.

Ensuite, les interprètes savent endosser avec talent aussi bien les rôles de manipulateurs que ceux d’acteurs. On s’étonne ainsi de la dextérité des marionnettistes et de l’entente qui leur permet de manipuler conjointement. On apprécie les qualités d’interprétation de ceux qui endossent tour à tour plusieurs rôles sans que la compréhension en soit gênée. Brice Coupey et Fanny Catel varient, de plus, les supports de manipulation en fonction du contexte. Le personnage de Murdoch est ainsi une poupée de chiffon qui peut se tordre sur le modèle des figures de Schiele, tandis que Boon a la douceur tendre d’un doudou. La jeune Norvège, elle, a d’abord l’évanescence d’une projection, d’une esquisse.

C’est donc une vraie réussite que cet Assoiffés : une ode à la beauté et une nouvelle démonstration des pouvoirs de la marionnette.

Laura Plas

Assoiffés, d’après la pièce du même titre de Wajdi Mouawad

(Editions Acte Sud)

Compagnie l’Alinéa

Blog : ciealinea.blogspot.com

Mise en scène : Brice Coupey

Collaboration artistique : Caroline Nardi Giletta

Comédiens manipulateurs marionnettes : Brice Coupey et Fanny Catel

Comédien manipulateur vidéo : Ladislas Rouge

Cinéaste : Dominique Aru

Scénographie/ Michel Gueldry

Fabrication des corps noyés : Anne Bothuon

Marionnettes : Ombline de Benque

Création lumières : Laurent Patissier

Salle Pablo Picasso • Chemin de la Garenne (face au numéro 70) • 91290 La Norville

RER C : arrêt : La Norville/Saint-Germain-Lès-Arpajon.

Réservations : 01 64 90 93 72

Le 10 novembre à 21heures dans le cadre des Champs de la Marionnette.

De 4 à 8 euros

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